Vendredi dernier, en montant dans le TER, un VTT American Eagle d'un joli vert m'attire l'oeil. La finesse des tubes indique qu'il est fait d'acier, quelques détails laissent supposer à l'oeil averti que le vélo est de qualité. J'engage donc la conversation, en complimentant le cycliste sur sa monture...
Il est souriant et expérimenté : il a un passé de 25 ans de cyclotouriste, et plusieurs années de VTT. Il prend également son vélo quotidiennement et profite de l'intermodalité vélo / TER pour se rendre à son travail. En face, je ferais presque pâle figure avec mon retour au vélo qui, en comparaison, sent encore le neuf. J'écoute donc avec respect son avis... qui me laisse un goût un peu amer.
Si je devais résumer, son message est : le vélo c'est dangereux ! Son argument choc : certes, c'est plaisant de rouler, mais la route c'est la roulette russe pour les vélos, usagers faibles. Les voitures font n'importe quoi. C'est de pire en pire. Il a choisi d'adapter le code de la route pour se protéger, en roulant sur les trottoirs par exemple... D'ailleurs, c'est pour ça qu'il s'est mis au VTT : sur les chemins, au moins, il n'y a pas de bagnoles ! Bref, il semble avoir abandonné l'idée de pouvoir rouler sereinement sur la route... Amer, je vous dit !
Attention, loin de moi l'idée de porter un jugement. Au contraire d'American Eagle, je n'ai pas eu la tristesse de perdre des copains fauchés par les voitures. Mais je suis triste de constater que ce discours alarmiste, se retrouve ainsi parmi ceux sont à l'aise sur un vélo, et dont on pourrait penser qu'ils sont à l'aise dans le traffic... apportant ainsi que l'eau au moulin de tous ceux qui refusent ne serait-ce que d'essayer de faire une fois le trajet domicile-travail à vélo, parce que le vélo c'est dangereux ?
Tout ceci me dérange à plusieurs niveaux :
1. La rhétorique du : je ne fais pas de vélo sur la route par peur des autres usagers de la route, donc je continue à circuler en voiture est une pente glissante qui n'a d'autre issue que le mur. De même que la variante avec les maladies respiratoires en période de pic de pollution !
2. Le non-respect revendiqué du code de la route, même basé sur un besoin de protection, évoque pour moi la même glissade. N'est-ce pas ce même code de la route qui stipule que le conducteur doit rester maître de sa vitesse et de son véhicule, qu'il doit doubler le cyliste avec une distance de sécurité d'1 mètre en ville et 1,5m hors agglomération etc... Comment être crédible en faisant une remarque aux automobilitstes en faute si soi-même on ne le respecte pas ?
3. Et surtout, je définis quelquechose de dangereux comme source de danger. Or ici, la source du danger, ce n'est tout de même pas le vélo ?!?? Alors, comment mieux formuler la crainte de prendre sa place sur la chaussée ? Les voitures sont dangereuses ? Même pas ! Regardons la situation en face : personne n'a peur d'une voiture vide, stationnée. Elle ne mord pas, si ? La vrai source du danger, c'est le comportement de celui ou celle qui conduit... Eh oui, beaucoup ont perdu de vue qu'une voiture est une masse d'une tonne, avec laquelle l'inattention (quand ce n'est pas la mauvaise intention) peut avoir un poil plus d'effet que laisser échapper son plateau du self.
Brrr... on se laisse gagner par la vision morose d'American Eagle alors ?
Certainement pas ! Je ne dis pas que tout est rose, mais de mon côté depuis 2008 je senti une amélioration du respect des vélos de la part des voitures. Et surtout, le vélo est d'autant moins risqué que le cycliste AN-TI-CI-PE. Habituons les voitures à croiser des vélos, adaptons la vitesses aux circonstances, plaçons nous bien sur la chaussée...
Bref, circulons zen, prenons de la hauteur... tel un aigle américain ?

